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    <dc:date>2008-08-20</dc:date>

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    <title><![CDATA[La Didachè]]></title>
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				 <content:encoded><![CDATA[La Didachè
ou l'enseignement des douze apôtres



La Didachè est un petit livre qui fut écrit en langue grecque, sans doute en Syrie, vers la fin du premier siècle ou au début du deuxième siècle de notre ère. Elle a été de bonne heure l'objet d'une grande vénération, à tel point que pendant un temps on la lisait, avec les Epîtres, aux cultes de la primitive Eglise. Les Pères de l'Eglise (Saint Irénée, Clément d'Alexandrie, Athanase, Origène, etc...) l'ont très fréquemment citée, ainsi que Eusèbe, l'auteur de l'Histoire ecclésiastique. Enfin elle fut traduite en latin et en arabe.
Soudainement elle disparut et, pendant des siècles, on n'avait pas de raison d'espérer la retrouver, lorsque M. Philothée Bryennios, patriarche de Nicomédie, alors qu'il était évêque de Sérès (Macédoine) et doyen de l'Ecole du Phanar, à Constantinople, en découvrit le manuscrit, vers 1873, dans la Bibliothèque du Saint-Sépulcre - laquelle se trouve dans le palais du Phanar, bien qu'appartenant au patriarcat de Jérusalem.
Le manuscrit retrouvé, d'une belle écriture cursive, a été copié à Jérusalem en 1056, par "Léon, scribe et pécheur". M. Bryennios en a donné, en 1883, une édition très remarquable, avec introduction et commentaires. La découverte a eu un retentissement énorme. Par la suite, et jusqu'à ces derniers temps, il a paru sur la Didachè un nombre considérable d'études, dont beaucoup sont accompagnées de traductions.
Ce qui fait le grand intérêt de la Didachè, c'est qu'elle est le premier document extra-canonique du christianisme primitif, pratiquement contemporain des livres qui composent le Nouveau Testament. Selon les historiens qui ont cherché à fixer la date de sa rédaction, celle-ci se situerait entre les points extrêmes de 70 et 150.
Le mot grec Didachè, ou Didakhè, signifie Enseignement, ou Doctrine. Le manuscrit retrouvé est intitulé : Enseignement des douze Apôtres. En dehors de cette indication du titre, les douze apôtres ne sont jamais mentionnés dans le texte lui-même. Cela fait supposer que ce titre est dû à un copiste.

Emile Besson. 



--------------------------------------------------------------------------------



Une édition de ce petit livre peut être trouvée à l'Association :
Les Amitiés Spirituelles
B.P. 236 - 75624 PARIS Cedex 13

ou à l'adresse suivante :
Alain Larret
20, rue Pradier
87100 Limoges (FRANCE)









I


1. - Il y a deux chemins : celui de la vie et celui de la mort; mais il y a une grande différence entre les deux chemins.
2. - Voici donc le chemin de la vie. En premier lieu tu aimeras le Dieu qui t'a créé; en second lieu tu aimeras ton prochain comme toi-même. Et tout ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît, ne le fais pas non plus à autrui.
3. - Voici donc l'enseignement renfermé dans ces paroles : bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour vos ennemis, jeûnez pour ceux qui vous persécutent.
4. - Car quel gré vous saura-t-on si vous aimez seulement ceux qui vous aiment ? Les païens ne le font-ils pas aussi ?
5. - Mais vous, aimez ceux qui vous haïssent et vous n'aurez pas d'ennemi.
6. - Abstiens-toi des passions charnelles et mondaines.
7. - Si quelqu'un te donne un soufflet sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre et tu seras parfait.
8. - Si quelqu'un te requiert pour une corvée d'un mille, fais-en deux avec lui. Si quelqu'un t'enlève ton manteau, donne-lui aussi la tunique. Si quelqu'un te prend ce qui est à toi, ne le redemande pas, car tu ne le peux.
9. - A quiconque te demande donne et ne redemande pas, car à tous le Père veut faire part de Ses propres bienfaits.
10. - Heureux celui qui donne selon le commandement, car il est sans reproche. Malheur à celui qui reçoit : si quelqu'un reçoit parce qu'il a besoin, il sera sans reproche.
11. - Mais, s'il n'a pas besoin, il rendra compte pourquoi il a reçu et dans quel but. Jeté en prison, il sera examiné sur ce qu'il a fait et il ne sera pas relaché jusqu'à ce qu'il ait restitué le dernier quadrant.
12. - Mais à ce sujet aussi il a été dit : "Que ton aumône transpire dans tes mains jusqu'à ce que tu saches à qui tu donnes."



II


1. - Voici maintenant le second commandement de l'enseignement : Tu ne tueras point; tu ne commettras point d'adultère; tu ne souilleras point les enfants; tu ne seras point impudique; tu ne déroberas point; tu ne t'adonneras point à la magie; tu ne prépareras point de breuvages empoisonnés; tu ne tueras point l'enfant par avortement et tu ne le feras pas mourir après sa naissance.
2. - Tu ne convoiteras point ce qui appartient au prochain; tu ne seras point parjure; tu ne porteras point de faux témoignage; tu ne médiras point; tu ne seras point rancunier.
3. Tu n'auras pas de duplicité dans tes pensées ni dans tes paroles, car la duplicité est un piège de mort.
4. - Ta parole ne sera pas mensongère ni vide, mais pleine d'action.
5. - Tu ne seras pas cupide, ni rapace, ni hypocrite, ni dépravé, ni orgueilleux.
6. - Tu n'écouteras aucun mauvais conseil contre ton prochain.
7. - Tu ne haïras aucun homme, mais tu reprendras les uns, tu prieras pour les autres, tu aimeras les autres plus que ton âme (1).

(1) : Le mot employé est Psyche : la vie, l'âme, le coeur, le centre sentimental.



III


1. - Mon enfant, fuis loin de tout mal et de tout ce qui lui ressemble.
2. - Ne sois pas colère, car la colère conduit au meurtre, ni jaloux, ni querelleur, ni emporté, car de tout cela naissent les meurtres.
3. - Mon enfant, ne sois pas convoiteux, car la convoitise conduit à l'impudicité; ne tiens pas de propos obscènes et n'aie pas le regard hardi, car de tout cela naissent les adultères.
4. - Mon enfant, ne sois pas augure, parce que cela conduit à l'idolâtrie, ni enchanteur, ni astrologue et ne purifie pas par l'externe; ne désire pas même regarder ces choses, car de tout cela naît l'idolâtrie.
5. - Mon enfant, ne sois pas menteur, parce que le mensonge conduit au vol, ni avare, ni vaniteux, car de tout cela naissent les vols.
6. - Mon enfant, ne sois pas murmurateur, parce que cela conduit au blaphème, ne sois pas arrogant, ni malveillant, car de tout cela naissent les blasphèmes. Mais sois doux, puisque les doux recevront la terre en héritage.
7. - Sois longanime, miséricordieux, sans méchanceté, paisible, bon; garde toujours en tremblant les paroles que tu as entendues.
8. - Tu ne t'élèveras pas toi-même et tu ne livreras pas ton coeur à la présomption.
9. - Ton âme ne s'attachera pas aux orgueilleux, mais se plaira avec les justes et les humbles.
10. - Accueille comme des bienfaits les choses extraordinaires qui t'arrivent, sachant que rien ne se produit en dehors de Dieu.



IV


1. - Mon enfant, souviens-toi nuit et jour de celui qui t'annonce la parole de Dieu; tu l'honoreras comme le Seigneur, car là d'où est annoncée la parole du Seigneur, là est le Seigneur. Tu rechercheras chaque jour la compagnie des saints, afin de te trouver un appui dans leurs paroles.
2. - Tu ne désireras pas la division, mais tu apaiseras ceux qui se disputent; tu jugeras avec droiture, tu ne feras pas acception de personne quand il s'agira de convaincre quelqu'un de transgression; tu n'auras pas le coeur partagé entre les suites de tes décisions.
3. - N'aie pas les mains tendues pour recevoir et fermées pour donner. Si tu as des moyens, tu donneras de tes mains le rachat de tes péchés.
4. - Tu n'hésiteras pas à donner et tu ne murmureras pas en donnant, car tu connaîtras quel est le bon rémunérateur qui te récompensera.
5. - Tu ne te détourneras pas de celui qui est dans le besoin, mais tu auras tout en commun avec ton frère et tu ne diras pas que cela t'appartient en propre; en effet, si vous participez en commun à ce qui est immortel, combien plus aux choses périssables !
6. - Ne retire pas ta main de dessus ton fils ou de dessus ta fille, mais dès la jeunesse enseigne-leur la crainte de Dieu.
7. - Ne donne pas tes ordres avec aigreur à ton esclave ou à ta servante qui espèrent dans le même Dieu, de peur qu'ils ne cessent de craindre le Dieu qui règne sur toi comme sur eux, car Il ne vient pas appeler les hommes selon l'apparence, mais ceux que l'Esprit a rendus prêts.
8. - Quant à vous, serviteurs, vous serez soumis à vos maîtres avec respect et crainte comme à l'image de Dieu.
9. Tu haïras toute hypocrisie et tout ce qui n'est pas agréable au Seigneur. Tu n'abandonneras pas les commandements du Seigneur, mais tu garderas ce que tu as reçu sans y rien ajouter ni en rien retrancher.
10. - Dans (devant) l'assemblée, tu confesseras tes transgressions et tu ne viendras pas à la prière avec une mauvaise conscience. Tel est le chemin de la vie.



V


1. - Mais voici le chemin de la mort. Avant tout il est mauvais et plein de malédictions : meurtres, adultères, convoitises, impudicités, vols, idolâtries, pratiques magiques, bénéfices, rapines, faux témoignages, hypocrisies, mauvaise foi, ruse, orgueil, méchanceté, arrogance, cupidité, langage obscène, jalousie, présomption, dédain, forfanterie.
2. - Persécuteurs des bons, gens haïssant la vérité, aimant le mensonge, ne connaissant pas la récompense de la justice, qui ne s'attachent pas au bien ni au jugement juste, qui veillent non pour le bien mais pour le mal.
3. - Qui sont loin de la bonté et de la patience, qui aiment les vanités, qui courent après la rétribution, qui n'ont pas pitié du pauvre, qui n'ont pas compassion de l'être accablé, ceux qui ne connaissent pas Celui qui les a créés, les meurtriers d'enfants, les corrupteurs de l'oeuvre de Dieu, ceux qui se détournent de celui qui est dans le besoin, qui accablent celui qui est dans les tribulations, les avocats des riches, les juges iniques des pauvres, coupables de tous les péchés. Enfants, fuyez tous ces gens-là.



VI


1. - Veille à ce que personne ne te détourne du chemin de cet enseignement, car il t'enseignerait ce qui est en dehors de Dieu. Si donc tu peux porter le joug du Seigneur tout entier, tu seras parfait; mais, si tu ne le peux pas, fais ce que tu peux.
2. - Quant aux aliments, porte ce que tu pourras, mais abstiens-toi strictement de ce qui a été sacrifié aux idoles, car c'est un culte rendu à des dieux morts.



VII


1. Quant au baptême, baptisez ainsi : après avoir proclamé tout ce qui précède, baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit dans de l'eau vive (courante).
2. - Mais, si tu n'as pas d'eau vive, baptise dans une autre eau; si tu ne peux pas (baptiser) dans l'eau froide, que ce soit dans l'eau chaude. Si tu n'as ni l'une ni l'autre (en quantité suffisante), verse trois fois de l'eau sur la tête au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.
3. - Avant le baptême, que celui qui administre le baptême et celui qui le reçoit se préparent par le jeûne et, si d'autres personnes le peuvent (qu'elles fassent de même); en tous cas tu commanderas à celui qui va être baptisé de jeûner un ou deux jours auparavant.



VIII


1. - Que vos jeûnes ne soient pas en même temps que ceux des hypocrites : car ils jeûnent le deuxième et le cinquième jour de la semaine; mais vous, jeûnez le quatrième et le jour de la préparation (au sabbat).
2. - Ne priez pas non plus comme les hypocrites, mais comme le Seigneur l'a ordonné dans Son Evangile. Priez ainsi :
3. - Notre Père qui es au Ciel,
que Ton Nom soit sanctifié,
que Ton règne arrive,
que Ta volonté soit faite sur la terre comme au Ciel;
donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien
et remets-nous notre dette comme nous remettons (la leur) à nos débiteurs
et ne nous induis pas dans la tentation,
mais délivre-nous du mal, car à Toi appartiennent la puissance et la gloire pour les siècles.
4. - Priez ainsi trois fois par jour.



IX


1. - Quant à l'eucharistie, faites ainsi vos actions de grâce. D'abord pour la coupe :
2. - " Nous Te rendons grâce, notre Père,
pour la sainte vigne de David Ton serviteur
que Tu nous a fait connaître par Jésus Ton Enfant.
A Toi la gloire pour les siècles. "
3. - Pour la fraction du pain :
" Nous Te rendons grâces, notre Père,
pour la vie et la connaissance que Tu nous a révélés par Jésus Ton Enfant.
A Toi la gloire pour les siècles.
4. - De même que ce pain rompu était dispersé sur les collines
et que, rassemblé, il est devenu un (seul tout),
qu'ainsi soit rassemblée ton Eglise des extrémités de la terre dans Ton Royaume.
Car à Toi sont la gloire et la puissance
par Jésus-Christ pour les siècles. "
5. - Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie sinon ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur; car c'est à ce sujet que le Seigneur a dit : Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens.



X


1. - Après vous être rassasiés (1), rendez grâces ainsi :
" Nous te rendons grâces, Père saint,
pour ton saint Nom
que tu as fait habiter dans nos coeurs
et pour la connaissance et la foi et l'immortalité
que tu nous as révélées par Jésus Ton Enfant.
A Toi la gloire pour les siècles.
2. - C'est Toi, Maître tout puissant, qui a créé toutes choses à cause de Ton Nom,
qui as donné la nourriture et le breuvage aux hommes pour qu'ils en jouissent,
afin qu'ils te rendent grâces.
Mais à nous tu as daigné accorder
une nourriture et un breuvage spirituels
et la vie éternelle par Ton Enfant.
Avant toutes choses nous Te rendons grâces
parce que Tu es puissant;
à Toi la gloire pour les siècles.
3. - Souviens-Toi, Seigneur, de Ton Eglise,
pour la délivrer de tout mal et la rendre parfaite dans Ton amour
et rassemble-la des quatre vents,
elle que tu as sanctifiée,
dans Ton royaume que Tu lui as préparé,
car à Toi sont la puissance et la gloire pour les siècles.
4. - Que la grâce arrive et que ce monde passe !
Hosanna au Fils de David !
Si quelqu'un est saint, qu'il vienne;
s'il ne l'est pas, quil se repente.
Maran atha. (2)
Amen. "

(1) : Il s'agit donc d'un véritable repas.
(2) : Ces deux mots signifient : Seigneur, viens ! (Marana Tha), ou Le Seigneur vient (Maran Atha).



XI


1. - Si donc quelqu'un vient et vous enseigne tout ce qui vient d'être dit, recevez-le. Seulement, si ce docteur se dévoie et vous donne un autre enseignement de manière à renverser (celui que vous avez reçu), ne l'écoutez pas; d'autre part, s'il enseigne de manière à confirmer la justice et la connaissance du Seigneur, recevez-le comme le Seigneur.
2. - Quant aux apôtres (1) et aux prophètes, agissez ainsi, selon le précepte de l'Evangile. Que tout apôtre venant à vous soit reçu comme le Seigneur. Mais il ne restera qu'un jour, deux s'il est besoin; s'il reste trois jours, c'est un faux prophète. En partant, que l'apôtre ne prenne rien, sinon le pain suffisant pour atteindre l'endroit où il passera la nuit; s'il demande de l'argent, c'est un faux prophète.
3. - Tout prophète qui parle en esprit, ne le mettez pas à l'épreuve et ne le jugez pas, car tout péché sera remis, mais ce péché-là ne sera pas remis.
4. - Cependant tout homme qui parle en esprit n'est pas prophète, à moins qu'il n'ait les manières d'être du Seigneur. C'est donc à leur conduite qu'on reconnaîtra le faux prophète et le vrai.
5. - Et aucun prophète qui dit en esprit de dresser la table n'en doit manger; s'il en mange, c'est un faux prophète. Tout prophète qui enseigne la vérité, s'il ne fait pas ce qu'il enseigne, est un faux prophète.
6. - Tout prophète éprouvé, véridique, agissant en vue du mystère terrestre de l'Eglise, mais n'enseignant pas aux autres à faire tout ce qu'il fait lui-même ne sera pas jugé parmi vous, car c'est à Dieu qu'il appartient de le juger; les anciens prophètes ont également fait des choses semblables.
7. Mais si quelqu'un vous dit, parlant en esprit : Donne-moi de l'argent ou autre chose, ne l'écoutez pas. Cependant, si c'est pour d'autres personnes qui sont dans l'indigence qu'il a dit de donner, que personne ne le juge.

(1) : Le mot apôtres désigne ici les prophètes itinérants, et non pas les douze apôtres mentionnés dans le titre de la Didachè.



XII


1. - Que quiconque vient au nom du Seigneur soit reçu. Puis, après l'avoir mis à l'épreuve, vous le connaîtrez, car vous aurez l'intelligence de la droite et de la gauche (1).
2. - Si l'arrivant est de passage, aidez-le autant que vous pouvez; mais il ne restera chez vous que deux ou trois jours, s'il y a nécessité.
3. - S'il veut, ayant un métier, se fixer parmi vous, qu'il travaille et qu'il mange; s'il n'a pas de métier, veillez selon votre intelligence à ce qu'un chrétien ne vive pas parmi vous sans rien faire.
4. - Mais, s'il ne veut pas agir ainsi, c'est un trafiquant du Christ; tenez-vous en garde contre de tels gens.

(1) : Du bien et du mal.



XIII


1. - Tout prophète véridique qui veut se fixer parmi vous est digne de sa nourriture. De même un docteur véridique est digne, lui aussi, comme l'ouvrier, de sa nourriture.
2. - Tu prendras donc toutes les prémices de ton pressoir et de ton aire, de tes boeufs et de tes brebis pour les donner aux prophètes, car ce sont eux qui sont vos grands prêtres. Mais, si vous n'avez pas de prophète, donnez-les aux pauvres. Si tu fais un pain, prends-en les prémices et donne-les selon le commandement.
3. - De même, si tu ouvres une amphore de vin ou d'huile, prends-en les prémices et donne-les aux prophètes; de l'argent aussi et du vêtement et de tous les biens (que tu possèdes) prends les prémices comme bon te semblera et donne-les selon le commandement.



XIV


1. - Chaque dimanche, vous étant assemblés, rompez le pain et rendez grâces, après vous être mutuellement confessé vos transgressions, afin que votre sacrifice soit pur.
2. - Mais que quiconque a un dissentiment avec son prochain ne se joigne pas à vous jusqu'à ce qu'ils se soient réconciliés, afin que votre sacrifice ne soit pas profané. Car voici l'(offrande) dont a parlé le Seigneur :
3. - " En tout temps et en tout lieu on me présentera une offrande pure, car je suis un grand roi, dit le Seigneur, et mon Nom est admirable parmi les nations. " (Malachie)



XV


1. - Elisez-vous donc des évêques et des diacres dignes du Seigneur, hommes doux et désintéressés, véridiques et éprouvés, car pour vous ils remplissent, eux aussi, l'office de prophètes et de docteurs.
2. - Ne les méprisez donc pas, car ils doivent être honorés parmi vous en communauté avec (au même titre que) les prophètes et les docteurs.
3. - Reprenez-vous les uns les autres, non pas en colère mais en paix, comme vous en avez l'ordre dans l'Evangile et celui qui manque à son prochain, que nul d'entre vous ne lui parle ni ne l'écoute jusqu'à ce qu'il se soit repenti.
4. - Mais vos prières et vos aumônes et toutes vos actions, faites-les comme vous en avez l'ordre dans l'Evangile de notre Seigneur. 


XVI


1. - Veillez sur votre vie. Que vos lampes ne s'éteignent pas et que vos reins ne se déceignent pas, mais soyez prêts, car vous ne savez pas l'heure où notre Seigneur viendra.
2. - Réunissez-vous fréquemment, cherchant ce qui convient à vos âmes, car tout le temps de votre foi ne vous servira de rien si au dernier moment vous n'êtes pas devenus parfaits.
3. - Car dans les derniers jours les faux prophètes et les corrupteurs se multiplieront, les brebis se changeront en loups et l'amour se changera en haine; car, l'iniquité ayant augmenté (les hommes) se haïront les uns les autres et se persécuteront et se trahiront.
4. - Alors paraîtra le Séducteur du monde (se donnant) comme fils de Dieu et il fera des signes et des prodiges et la terre sera livrée entre ses mains et il commettra des forfaits tels qu'il n'y en a point eu depuis l'origine des temps.
5. - Alors toute la création humaine entrera dans le feu de l'épreuve et beaucoup succomberont et périront; mais ceux qui auront persévéré dans leur foi seront sauvés de cet anathème.
6. - Et alors paraîtront les signes de la vérité; d'abord le signe de l'ouverture du ciel, puis le signe du son de la trompette et troisièmement la résurrection des morts, non de tous, il est vrai, mais comme il est dit : " Le Seigneur viendra et tous les saints avec Lui ! "
7. - Alors le monde verra le Seigneur venant sur les nuées du Ciel. 



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    <dc:creator><![CDATA[tenena]]></dc:creator>
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    <dc:date>2005-12-01T14:08:50+02:00</dc:date>
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  <item rdf:about="http://kerygme.blogsysteme.com/article-4668.html">
    <title><![CDATA[Retour au kérygme]]></title>
    <link>http://kerygme.blogsysteme.com/article-4668.html</link>
				 <content:encoded><![CDATA[Retour au kérygme

Les remarques que je viens de faire sur le développement du kérygme depuis ses origines jusqu'à nos jours ne répondent pas à un souci historique et théorique (apprendre comment les choses se passaient au début), mais à un intérêt actuel et pratique. Dans l'encyclique Evangelii nuntiandi, le pape Paul VI traite du rôle de l'Esprit Saint dans l'évangélisation (n° 75). Il déclare que celui-ci en est l'« agent principal ». Il exprime le v&#339;u que les pasteurs, les théologiens et les fidèles s'appliquent davantage à l'étude de la nature et des modalités de l'action du Saint-Esprit dans l'évangélisation actuelle. Mes réflexions ont pour but de répondre, ne serait-ce que très partiellement, à ce v&#339;u.

Si l'Esprit du Seigneur descendit sur Jésus de Nazareth, ce fut avant tout pour qu'il pût prêcher la « bonne nouvelle » : Le Règne de Dieu est arrivé. Aujourd'hui le Saint-Esprit est sur l'Eglise (et sur ceux que l'Eglise envoie évangéliser) pour la même raison : afin qu'elle proclame la « bonne nouvelle », à savoir, que Jésus, crucifié et ressuscité, est le Seigneur. Tel est le véritable « glaive de l'Esprit ». J'ai cherché à le mettre en évidence, non par goût de l'archéologie, mais parce que ce glaive nous est encore utile, voire indispensable ; lui seul, en effet, peut traverser la croûte d'incrédulité qui s'est épaissie autour du monde et du c&#339;ur même de bien des chrétiens. Et puisque je me suis servi de l'image du glaive, continuons dans le même sens : si on frappe quelqu'un, non pas de la pointe ou de la lame, mais du plat d'un poignard ou de tout autre instrument tranchant, on ne saurait blesser personne. Il en va de même pour la prédication de l'Eglise : si nous disons mille choses et, parmi elles, que « Jésus est le Seigneur », cette dernière vérité n'arrive pas à « transpercer le c&#339;ur », au contraire de ce qui se produisit, selon les Actes des Apôtres, lors du discours prononcé par Pierre après la Pentecôte « Vous avez tué Jésus de Nazareth ; Dieu l'a ressuscité. Repentez-vous ! » (cf. Ac 2, 37).

On a écrit : « Au commencement était le kérygme » (M. Dibelius). Ce qui veut dire que l'Eglise est née du kérygme (et non point le kérygme de l'Eglise, comme le prétendait Bultmann !). S'il est vrai que notre situation actuelle a fini par ressembler plus à celle des origines (quand le christianisme agissait dans un monde païen qui lui était étranger et hostile) qu'à celle de la période après Constantin, alors l'appel qui nous vient de l'expérience de l'Eglise primitive nous engage à rétablir dans sa pureté originelle le kérygme apostolique, celui qui servit jadis à annoncer la foi au monde païen, celui autour duquel se constitua la première communauté, en le distinguant de toute autre forme de parole, y compris de la catéchèse.

Il faut présenter cette annonce fondamentale de façon nette et carrée, non seulement aux catéchumènes, mais à tous, puisque la plupart des chrétiens d'aujourd'hui ne sont pas passés par le catéchuménat. La proclamation de Jésus comme Seigneur devrait retrouver sa place d'honneur à tous les moments forts de la vie chrétienne : baptême des adultes, culte eucharistique, rénovation des promesses du baptême, conversions individuelles, début des catéchèses, des sessions bibliques et des groupes de prière, ainsi qu'à l'occasion de retraites, de missions populaires et, tout particulièrement, des funérailles.

La question la plus grave, c'est de savoir combien de chrétiens sont prêts à proclamer cette vérité avec hardiesse, « dans l'Esprit Saint », c'est-à-dire en vrais croyants, quitte à ce que les défenseurs de la raison pure et ceux qui n'ont pour souci que de répondre aux attentes du monde les accusent éventuellement de débilité culturelle. Combien d'entre eux sont-ils prêts à répéter avec Paul : Ma parole et mon message n'ont rien des discours persuasifs de la sagesse, mais ils sont une manifestation de l'Esprit et de sa puissance (cf. 1 Co 2, 4). Pour ma part, j'ai souvent perçu la force qui se dégage quasi spontanément de la proclamation de Jésus comme Seigneur : à peine était-elle prononcée, que je voyais des regards s'éclairer, des oreilles se dresser et comme un frisson parcourir ceux qui l'écoutaient : signes de sa puissance mystérieuse rendue opérante par l'Esprit Saint.

Aujourd'hui encore, tout comme aux origines de l'Eglise, ce ne sont ni les apologies, ni les traités théologiques ou politiques, ni les discussions interminables, qui tireront ce monde de la torpeur de son incrédulité et le convertiront à l'Evangile, mais l'annonce simple et forte de la force même de Dieu : « Jésus est le Seigneur. »
 
  
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  <item rdf:about="http://kerygme.blogsysteme.com/article-4667.html">
    <title><![CDATA[Un regard sur l'évolution du kérygme]]></title>
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				 <content:encoded><![CDATA[Un regard sur l'évolution du kérygme 

Résumons-nous. A l'origine de l'Eglise, il y a une annonce fondamentale, un noyau central de la foi qui, à la différence du reste de la tradition, vise à susciter la foi et non pas à la modeler. Elle est ponctuelle, non systématique ; affirmative, non discursive. Son noyau central concerne le Christ ; c'est un credo christologique, plus que l'enseignement de Jésus-Christ, il met en lumière les événements qui ont rapport à lui, et notamment celui de Pâques.

Il est particulièrement intéressant de préciser ses caractères, car l'évolution ultérieure tendra précisément à les gommer. Cette annonce centrale de la foi (Jésus est mort, il est ressuscité, il est le Seigneur) a un ton d'affirmation et d'autorité ; elle n'est pas discursive ou dialéctique. Elle n'a donc pas besoin d'être justifiée par des raisonnements philosophiques : on l'accepte ou non, et cela suffit ; mais de grandes choses dépendent de son acceptation ou de son refus ; en pratique, il y va du salut. On ne peut disposer du kérygme à son gré, parce que c'est lui qui dispose de tout ; d'autre part, personne ne peut le fonder, car c'est Dieu lui-même qui le fonde, et il est le fondement de notre existence ; en effet, « nous existons dans le Christ Jésus », mort et ressuscité pour nous (cf. 1 Co 1, 30). En d'autres termes, le kérygme n'a rien à voir avec la sagesse humaine (sophia). A ce sujet, nous n'avons qu'à écouter Paul qui lors d'une mémorable controverse chez les Corinthiens défend précisément ce caractère de l'annonce C'est par la folie du kérygme qu'il a plu à Dieu de sauver les croyants. Oui, tandis que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous prêchons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, Juifs comme Grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu (1 Co 1, 21-24).

Comment faut-il interpréter la phrase : « les Grecs sont en quête de sagesse » ? Les discussions ultérieures entre chrétiens et païens nous le font voir. Le païen Celse permet de comprendre en quoi consistaient le scandale et la folie du kérygme aux yeux des non-croyants. Indigné, il écrit : « Les chrétiens se conduisent comme ceux qui croient sans raison... Certains, ne voulant pas même donner ni recevoir de raison sur ce qu'ils croient, usent de ces formules : "N'examine pas, mais crois ; la foi te sauvera... La sagesse de ce siècle est un mal, et la folie un bien". » (Dans Origène, C. Celse l, 9.) Celse (qui nous apparaît ici extrêmement proche de tant d'esprits cultivés de notre époque) aurait somme toute voulu voir les chrétiens présenter leur foi de façon dialectique, c'est-à-dire la soumettre à la recherche et à la discussion, de manière à ce qu'elle pût rentrer dans le cadre, acceptable aussi par les philosophes, d'« un effort d'auto compréhension de l'homme et du monde » (H. Schlier). 

Bien sûr, le refus des chrétiens de fournir des preuves et d'accepter la discussion ne concernait pas tout le cheminement de la foi, mais seulement son début ; même à l'époque apostolique, ils ne fuyaient pas la confrontation et ils affirmaient la nécessité de « donner raison de leur espérance » (cf. 1 P 3, 15), y compris devant les Grecs. (Bientôt nous verrons apparaître le genre littéraire des Apologies aux Empereurs romains). Ils pensaient néanmoins que la foi elle-même ne pouvait jaillir de cette confrontation : oeuvre de l'Esprit et non de la raison, elle devait la précéder.

L'idéal eût été de maintenir toujours intacte cette « force de choc », ce scandalum, face à la sagesse du monde. Mais ce ne fut pas le cas. La différence entre kerygma et sophia (dans la pratique, entre kérygme et théologie) alla s'estompant. Surtout dans le débat contre les gnostiques, certes, on trouve encore telle ou telle résonance paulinienne marquant la nécessité d'accepter globalement la « folie » du kérygme. C'est ainsi que Tertullien écrit : « Le Fils de Dieu a été crucifié : je n'ai pas honte puisqu'il faut avoir honte. Le Fils de Dieu est mort : il faut y croire puisque c'est absurde. Il a été enseveli, il est ressuscité : cela est certain, puisque c'est impossible » (De car. Chr. V, 4). Mais la tendance générale est tout autre : celle d'affirmer que le christianisme est dans l'ensemble, lui aussi, une sagesse, voire la vraie sagesse et la vraie philosophie (« notre philosophie », dira Justin). On raisonne de plus en plus à partir de cette prémisse : Les Grecs cherchent la sagesse ; eh bien ! nous leur donnons la sagesse !

Cette seconde voie n'était pas, en elle-même, contraire à celle de Paul ; l'Apôtre avait écrit, en l'occurrence C'est bien de sagesse que nous parlons parmi les parfaits, mais non d'une sagesse de ce monde (1 Co 2, 6). L'ambiguïté venait du fait de ne pas prendre suffisamment en considération qu'il s'agissait là d'une « sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24), et non d'une sagesse « de ce monde », qu'elle n'était donc pas comparable à celle de Platon et des autres philosophes. Toujours est-il que, peu à peu, nous voyons disparaître de la prédication chrétienne les signes de l'existence d'un kérygme, au sens originel d'annonce, « dans l'Esprit et la puissance », de la mort-résurrection du Christ et de sa dignité subséquente de Seigneur, une annonce sans autre justification que celle de la présence des témoins (Nos testes sumus !).

On assiste donc à une évolution doublement négative. Il y a tout d'abord atténuation du sens de l'altérité du kérygme apostolique par rapport aux autres formes de présentation du message chrétien. Puis le changement vient affecter le sens du kérygme lui-même. A l'origine, celui-ci se distinguait nettement de la didaché (enseignement) et de la catéchèse : il cherchait à provoquer la foi, tandis que les stades suivants avaient pour but de la modeler et d'en assurer la pureté. Il avait un caractère que l'on pourrait qualifier de germinatif. Il ressemblait plus à la semence d'où l'arbre va pousser, qu'au fruit mûr qui pend à ses branches et qui, dans le christianisme, est surtout constitué par la charité. Le kérygme ne s'obtient nullement par concentration ou par résumé, comme s'il n'était qu'une sorte de moelle de la tradition ; il se situe à part, ou, plutôt, au commencement de tout.

Or voici que le kérygme perd son caractère absolu. Il en vient à ne plus constituer qu'une partie de la catéchèse. On le considère comme une espèce de résumé synthèse de celle-ci, et non plus comme son point de départ essentiel. Les affirmations sur Jésus mort, ressuscité, proclamé Seigneur, celles qui étaient à l'origine de tout le symbole primitif de la foi, deviennent le second article du credo trinitaire où se résume tout ce que le candidat au baptême doit croire et professer. Le kérygme originel se dilue dans une catéchèse qui finit par le noyer.

Tout cela reflète la situation générale de l'Eglise. Dans la mesure où l'on avance vers un régime de chrétienté, vers un régime où tout « est » chrétien - ou passe pour tel -, on remarque moins l'importance du choix initial, celui grâce auquel on « devient chrétien ». Ceci d'autant plus que désormais on administre normalement le baptême à des enfants qui ne sont pas en mesure de faire eux-mêmes un véritable choix. En un certain sens, on peut dire que le phénomène d'institutionnalisation a aussi touché l'annonce de la foi.

On met moins l'accent sur le moment initial, sur le miracle de « la venue à la foi », que sur l'intégralité et l'orthodoxie de ses contenus. La fides quae, c'est-à-dire ce qu'il faut croire, l'emporte sur la fides qua, c'est-à-dire sur l'acte de foi.

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    <dc:date>2005-12-01T13:26:54+02:00</dc:date>
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  <item rdf:about="http://kerygme.blogsysteme.com/article-4666.html">
    <title><![CDATA[L'Évangile, ou kérygme, dans l'Église apostolique]]></title>
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				 <content:encoded><![CDATA[L'Évangile, ou kérygme, dans l'Église apostolique 

La mort et la résurrection de Jésus apportent un élément qui modifie, non pas la substance, mais la formulation de la « Bonne Nouvelle ». On peut déceler cette nouveauté en examinant de plus près ce qui se passait dans l'Église apostolique. Tous les auteurs du Nouveau Testament semblent présupposer l'existence, et la connaissance par leurs lecteurs, d'une tradition commune (paradosis) remontant au Jésus terrestre. Cette tradition a deux aspects ou, plutôt, deux composantes : d'une part, la « prédication » ou annonce (kerygma) de ce que Dieu a opéré en Jésus de Nazareth, et, d'autre part, l'« enseignement » (didaché), qui comporte des principes éthiques et des règles de conduite pour les croyants. Plusieurs lettres de saint Paul reflètent ce double aspect ; elles contiennent en effet une première partie kérygmatique, suivie d'une autre dont le caractère est « parénétique », c'est-à-dire pratique.

La prédication - ou kerygma - est appelée « évangile » (cf. Mc 1, 1 ; Rm 15, 19 ; Ga 1, 7) ; l'enseignement - didaché - reçoit, en revanche, les noms de « loi » ou « commandement » du Christ, et il se résume généralement dans la charité (cf. Ga 6, 2 ; 1 Co 7, 25 ; Jn 15, 12 ; 1 Jn 4, 21). C'est le kérygme - ou l'Evangile - qui provoque la naissance de l'Eglise ; l'enseignement - la loi, ou la charité - survient après coup pour préciser et modeler la foi, pour dégager aussi les exigences morales de celle-ci. Aussi, en écrivant aux Corinthiens, l'Apôtre distingue-t-il son rôle de « père » dans la foi de celui des « pédagogues » venus après lui C'est moi qui, par l'Evangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus (1 Co 4, 15).

Mais, encore une fois, quel est exactement le contenu de cet « évangile » ? Nous avons déjà dit que c'est l'&#339;uvre accomplie par Dieu en Jésus de Nazareth. Or cette indication ne suffit pas ; il y a quelque chose de plus précis, de plus concret, qui constitue le « fond » de tout et qui est à tout le reste ce que le soc est à la charrue : la lame qui tranche la terre, permettant à la charrue de la retourner et d'y tracer le sillon. 

Laissons ici parler saint Paul : La parole est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton c&#339;ur, c'est-à-dire la parole de la foi qui fait l'objet de notre proclamation (kerygma). En effet, si tes lèvres confessent que « Jésus est Seigneur » et si ton c&#339;ur croit que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé (Rm 10, 9). Tel est donc l'élément essentiel de la « Bonne Nouvelle », celui qu'on accueille avec émerveillement, celui qu'on répète avec stupeur au moment de s&#8217;ouvrir à l&#8217;acte de foi: Jésus est le Seigneur. La profondeur de cette parole est telle qu'elle ne peut être dite en vérité que « sous l'action de l'Esprit de Dieu » (1 Co 12, 3). 

Reprenons une belle image de Péguy dans Le mystère des Saints Innocents. Comme « le sillage d'un beau vaisseau va s'élargissant jusqu'à disparaître et se perdre, mais commence par une pointe, qui est la pointe même du vaisseau », de même la prédication de l'Eglise s'élargit jusqu'à former un immense sillage doctrinal, mais elle commence par une pointe et cette pointe est l'annonce que « Jésus est le Seigneur ». La place que tenait dans la prédication de Jésus l'exclamation : « Le Royaume de Dieu est venu ! », est occupée, dans la prédication des Apôtres après la Pâque, par l'exclamation « Jésus est le Seigneur ! » Il n'y a pour autant aucune opposition entre les deux Evangiles - celui de Jésus et celui des Apôtres -, mais, au contraire continuité parfaite. Dire : « Jésus est le Seigneur ! », revient en effet à dire qu'en Jésus, crucifié et ressuscité, s'est enfin réalisé le Règne de Dieu, sa souveraineté sur le monde. L'Eglise des origines exprimait cette conviction en adaptant un verset du Psaume 96, et en disant : Regnavit a ligno Deus, Dieu a commencé à régner de la croix.

Mais entendons-nous bien afin de ne pas tomber dans une reconstruction irréelle de la prédication apostolique. Après la Pentecôte, les Apôtres ne s'en vont pas courir le monde en répétant toujours et exclusivement « Jésus est le Seigneur ! » Ce qu'ils faisaient lorsqu'ils prêchaient la foi dans un nouveau milieu, c'était plutôt d'aller tout droit au c&#339;ur de l'« Evangile », en proclamant deux réalités, Jésus est mort - Jésus est ressuscité, et en donnant le « pourquoi » (ou, mieux, le « pour moi ») de ces événements : il est mort « pour nos péchés » ; il est ressuscité « pour notre justification » (cf. 1 Co 15, 4 ; Rm 4, 25). Dans un ton plus dramatique, comme celui de Pierre dans ses discours des Actes, ils formulaient ainsi leur message : Vous avez tué Jésus de Nazareth, mais Dieu l'a ressuscité, et l'a constitué Seigneur et Christ (cf. Ac 2, 22-36 ; 3, 14-19 ; 10, 39-42). L'annonce « Jésus est le Seigneur ! » (ou son équivalent dans d'autres contextes : « Jésus est le Fils de Dieu ! ») ne représente donc que la conclusion, implicite ou explicite selon les cas,. de cette brève histoire. On la répète sans cesse sous des formes nouvelles. C'est elle, toujours la même, que ne cessent de rappeler les Apôtres à ceux qui les écoutent. Elle résume toute l'histoire de Jésus.

C'est notamment le cas dans Ph 2, 6-11 : Le Christ Jésus... s'anéantit lui-même... obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix ! Aussi Dieu l'a-t-il exalté... pour que toute langue proclame que Jésus est le Seigneur.
La proclamation « Jésus est le Seigneur ! » ne constitue donc pas, à elle seule, l'annonce tout entière ; elle en est cependant l'âme et, pour ainsi dire, le soleil qui l'éclaire. Le kérygme « Jésus est le Seigneur ! » opère le passage mystérieux de l'histoire passée à l'« aujourd'hui » et au « pour moi ». Il proclame, en effet, que les événements racontés ne sont pas des réalités appartenant au passé, closes en elles-mêmes, mais qu'elles agissent aussi dans le présent : Jésus, crucifié et ressuscité est le Seigneur ici et maintenant, il vit par l'Esprit et règne sur toutes choses ! Venir à la foi, c'est ouvrir soudainement et avec stupéfaction les yeux à cette lumière. En se rappelant le moment de sa conversion, Tertullien le décrit comme une sortie des ombres du grand utérus de l'ignorance pour accéder avec trépidation à la lumière de la vérité (Apol. 39, 9 : « Ad lucem expavescere veritatis »). C'est la célèbre « renaissance par l'Esprit », ou le passage « des ténèbres à l'admirable lumière » (cf. 1 P 2, 9 ; Col 1, 12-14). C'est ici qu'a lieu la première onction, « l'onction par la foi », dont parlent souvent les Pères de l'Eglise. Le don du Saint-Esprit est lié à un tel moment, et c'est lui qui rend Jésus présent et vivant dans le c&#339;ur de celui qui accueille le kérygme, en lui insufflant, lors du baptême, une vie nouvelle, par le repentir et le pardon des péchés (cf. Ac 2, 38).

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